Quatre paliers au lieu d'un interrupteur
Dans mes manœuvres, bien placer l'équipage annulait le hasard : seize options sur vingt-quatre tombaient à zéro chance de rater. Le correctif ne change pas le tirage, il change sa lecture : ça tient, ça tient à la peine, ça rate, ça rate mal.
Un interrupteur au cœur d'un jeu de marge
Huit événements d'EREME, sur les quatre-vingt-dix-neuf du corpus, sont des manœuvres : une antenne arrachée, un contrôle, un incendie, et un tableau de postes où le joueur affecte son équipage. La tenue de la manœuvre se calcule depuis les gens : leurs traits et leurs marques font une aptitude par poste, la somme fait la tenue, la tenue abaisse le seuil d'échec. Puis un tirage.
À la naissance du système, ce tirage était un interrupteur : au-dessus du seuil ça passe, en dessous ça casse. Et la mesure consignée au commit a montré le défaut avant qu'un joueur ne le vive : au meilleur placement, seize options sur vingt-quatre tombaient à exactement zéro chance de rater. Le commit qui corrige pose le problème en une phrase : « Un jeu sur la mémoire des gens où le bon placement annule le hasard perd ce que le hasard écrit sur eux. »
Le même tirage, relu comme une marge
Le correctif ne touche ni au tirage ni au seuil : il relit leur écart. Un seul jet, le même qu'avant, et sa position relative au seuil classe le résultat en quatre crans : ça rate mal, ça rate, ça tient à la peine, ça tient franchement.
Le dessin des bornes est le vrai bijou. Le cran catastrophique est une fraction du seuil, quarante pour cent : multiplicatif, il s'éteint avec le seuil, donc une manœuvre parfaitement tenue ne tourne jamais au désastre. La peine, elle, est une bande additive au-dessus du seuil, fixe : même à seuil nul, il reste environ un quart de « ça tient à la peine ». La certitude disparaît sans plancher artificiel : bien jouer protège du pire, rien ne protège du prix.
La calibration du commit, trois cents tirages par option : au meilleur placement, deux tiers de succès francs, un quart à la peine, neuf pour cent de ratés ; au pire placement tenu, la moitié rate ; sans personne aux postes, le franc succès tombe à deux pour cent. « Bien placer double le franc succès et divise le raté par cinq. » Le placement reste le levier dominant ; il a juste cessé d'être un bouton off sur le hasard.
Qui paie
« Ça tient à la peine » rend la même issue que le succès franc : mêmes textes, mêmes effets. La différence est une personne : le maillon faible, celui dont l'aptitude est la plus mauvaise sur son propre poste, perd un cran de moral. Et la Chronique le dit d'une incise, choisie par le métier du poste, pas par la personne : dix familles de trois lignes en données. « {nom} en garde les mains qui tremblent. » pour un poste de risque ; « {nom} avait prévenu, une fois, à voix basse. » pour la prudence. Tout en bas, quand ça rate mal, l'incise gagne un suffixe sec : « Et ça se paie. » L'échec simple, lui, rend sa branche de raté sans incise.
Les noms internes des paliers n'apparaissent nulle part à l'écran. Le palier n'atteint le joueur que par le texte : l'issue rendue, l'incise, le suffixe. Et la variante d'incise est un hachage déterministe du jour, de la personne et du poste : « une Chronique qui change à la relecture ferait douter de tout le reste. »
Le gate qui s'est fait saborder
Le garde-fou du système a sa propre histoire, la meilleure du lot. Sa première clause exigeait que le cran catastrophique recule quand on place bien. Clause vraie par construction, puisque ce cran est une fraction du seuil : le sabordage, régler la fraction à un, laissait le test vert. La clause réécrite exige l'inverse utile : que la catastrophe existe quand on place mal, au moins huit pour cent au pire placement, et régler la fraction à zéro la fait tomber. Un gate se prouve sabordé, jamais sur parole.
Le même garde-fou refuse un poste sans famille d'incise : chaque métier pouvant faire peiner quelqu'un doit avoir ses trois lignes en données, sinon erreur. « Une perte de moral muette est pire que pas de palier du tout. »
Le lendemain, trois rustines
Les paliers ont rendu visibles trois défauts plus anciens, corrigés dès le lendemain. Les branches de raté ne portaient aucun effet, et les deux seules morts de manœuvre du corpus vivaient dans la branche réussie : bien tenir les trois postes tuait quatre fois plus souvent que bâcler. Le cran catastrophique a reçu sa propre issue, textes réécrits, effets plus lourds, et il a hérité des morts. Puis, au registre du lendemain, une mesure accablante : cinq cent trente-trois manœuvres résolues automatiquement, zéro échec, zéro catastrophe, parce que le pilote automatique choisissait les options à seuil nul ; j'ai tranché un plancher de cinq pour cent, le gradient intact. Enfin, l'aide tirée au sort piochait dans tout l'équipage sans lire l'affectation : le joueur posait trois personnes, une quatrième tombait.
La leçon
La refonte n'a pas ajouté un dé : elle a relu le même dé. C'est ce qui la rend compatible avec tout le reste, le déterminisme d'abord : même graine, même palier, mêmes replays. Quand un système binaire ment sur la marge, la tentation est d'empiler des jets et des modificateurs. La version sobre consiste à regarder où le tirage est tombé par rapport au seuil, et à faire raconter cette distance par quelqu'un qui en garde les mains qui tremblent.