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Lancements18 août 2026

Hériter d'une page itch

Le 7 août, la page itch de mon jeu arrêté est devenue celle d'EREME. Tout se remplace en une journée, sauf trois traces : une note, une date, des acheteurs. Ce qu'hériter d'une page veut vraiment dire, et ce que ça coûte en transparence.

Une page orpheline

Mi-juillet, j'arrête Galactic Rogue, mon roguelite spatial. La décision est d'abord interne, puis publique : l'annonce part le 4 août. Cet arrêt a sa propre histoire, racontée ailleurs ; celle-ci commence juste après, devant un détail qu'aucun plan de projet ne prévoit : il reste une page itch. Une page avec des vues, une poignée d'abonnés, une note, des acheteurs. Un contenant public, vivant, qui pointe vers un jeu qui ne bougera plus.

Au même moment, EREME, mon roguelite narratif à voyages, atteint l'état exact où je veux le montrer : une version de travail, jouable, assumée comme telle. Il lui faut une page. J'en ai déjà une.

Page neuve ou reconversion

Deux options, honnêtes toutes les deux. La page neuve : propre, sans ambiguïté, sans audience ; EREME naîtrait de rien, ce qui serait faux aussi, puisque le projet succède à l'autre. La reconversion : itch permet de tout renommer, l'audience reste, et avec elle tout ce que je ne choisis pas.

Ce n'est pas une question d'audience. La veille de la bascule, elle tenait dans une salle de réunion à moitié vide : personne ne reconvertit une page pour ça. La vraie raison est ailleurs : la filiation existe, EREME succède à ce jeu, et je veux qu'elle se lise en public. Une page neuve aurait fait semblant que non.

Tout ce qui se remplace

Le 7 août, la page change de peau en une journée : le titre, l'adresse, l'accroche, la description, le genre, les tags, le prix, les captures, les archives. Les trois devlogs de l'ancien jeu sont supprimés, après archivage intégral en local : on ne détruit pas son histoire, on la range hors de la vitrine. Le zip de l'ancienne version est retiré : le projet est arrêté, rien de lui ne doit plus se télécharger. L'ancienne adresse ne répond plus.

Côté formulaire, donc, la reconversion est totale. Un visiteur qui arrive aujourd'hui voit une page EREME, entière, cohérente.

Ce qu'aucun formulaire n'efface

La plateforme, elle, garde trois traces, et aucune n'est réglable.

La note. L'ancien jeu avait récolté la note maximale, laissée par un joueur de passage. Cette note s'affiche sur EREME, qui n'a jamais été noté.

La date. La page annonce "Published Apr 01, 2026". C'est la date de naissance de la page, pas celle du jeu qu'elle montre.

Les acheteurs. Une poignée de personnes avaient payé pour l'ancien jeu, en avril. Elles voient aujourd'hui EREME dans leur bibliothèque, à la place de ce qu'elles ont acheté.

J'ai été prévenu de ces trois points avant de trancher, et j'ai tranché en les connaissant. C'est la seule façon défendable de faire ce choix : découvertes après coup, les mêmes traces seraient devenues des accidents gênants.

On n'hérite pas à la découpe. Les compteurs qu'on veut viennent soudés aux traces qu'on ne veut pas : la note d'un autre jeu, la date d'un autre jeu, les acheteurs d'un autre jeu. Si une seule de ces traces n'est pas assumable à voix haute, c'est la page neuve.

Publier tôt sans mentir

L'héritage ne tient que si le contenu de la page, lui, ne doit rien à personne. EREME est arrivé en version de travail, et la page le dit partout où elle peut le dire : statut "In development", gratuit, jouable dans le navigateur avec un zip Windows à côté, divulgation de l'usage de l'IA pour les graphismes, les textes et le code. Le devlog de sortie s'appelle "Premier largage" : un premier geste, pas un lancement.

C'est la contrepartie exacte des trois traces. Je fais porter à EREME une note et une date qui ne sont pas les siennes ; je lui interdis en échange la moindre promesse qui ne soit pas déjà dans le build. Une version de travail qui se dit version de travail peut hériter d'une vitrine. Une version de travail déguisée en 1.0, qui hériterait en plus de la note d'un autre, ce serait deux mensonges qui se renforcent.

L'ordre des gestes compte aussi : l'arrêt de l'ancien jeu est annoncé le 4 août, la page bascule le 7. Trois jours où l'information existe avant que la vitrine change. Personne n'avait à découvrir l'arrêt par surprise, en cherchant un jeu et en en trouvant un autre à sa place.

Hériter, c'est un contrat

La mécanique déborde itch. Un repo qu'on réoriente, une newsletter qu'on reprend, une chaîne qu'on recycle : chaque fois, des compteurs désirables soudés à des traces indélébiles. Avant de reconvertir un contenant public, deux questions : qu'est-ce qui vient avec, exactement, et suis-je prêt à le dire moi-même, plutôt qu'à attendre qu'on le remarque.

EREME roule aujourd'hui avec la note d'un autre, une date d'avril et des acheteurs qui ne lui ont jamais rien acheté. Je préfère cette page, qui traîne une histoire vraie, à une page propre qui ferait semblant d'être née de rien.