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Méthode8 août 2026

L'IA sur la jaquette, seulement quand elle est dans le produit

Même studio, deux communications opposées : Grimoire met son IA en avant, Galactic Rogue n'en dit pas un mot. Ce n'est pas une incohérence, c'est une règle. Utiliser librement, déclarer systématiquement, vendre seulement ce qui est vrai.

Deux produits, deux jaquettes

Prenons deux produits 7Sail construits avec de l'IA, et deux communications opposées. Grimoire Culinaire, une app de recettes en private beta, met la capture IA au centre de sa proposition : on photographie une recette manuscrite, on la dicte, on colle une URL, et l'app en sort une fiche structurée. Galactic Rogue, un roguelite publié sur itch, ne dit pas un mot d'IA sur sa page. Pourtant j'en ai utilisé massivement pour le fabriquer : agents de revue, audits multi-perspectives, tout un pipeline de production.

Ce n'est pas une incohérence, c'est une décision. Dans le premier cas, l'IA est une fonctionnalité que l'utilisateur touche. Dans le second, c'est un outil de fabrication que le joueur ne verra jamais. La jaquette parle du produit, pas de l'atelier.

Déclarer : toujours quand c'est nécessaire

Déclarer et vendre sont deux gestes différents, et je les traite différemment. Sur la déclaration, ma position est simple : oui, toujours quand c'est nécessaire. Quand une plateforme le demande, quand du contenu généré part dans le paquet distribué, on le dit.

J'ai déjà raconté la sortie d'AquaTube, mon lecteur multimédia : au moment de publier, itch demande si le produit contient du contenu généré par IA. L'icône de l'application venait d'un outil génératif. Case cochée, sans hésiter. Pas parce que la plateforme l'exige, mais par cohérence : la transparence sur la fabrication fait partie du même dossier que les licences et les assets. Cacher l'IA pour paraître plus artisanal, c'est salir précisément le dossier qu'on vient de mettre en règle. Cacher, non, jamais.

Vendre : seulement si l'IA est dans le produit

L'argument de vente, lui, obéit à une autre règle : l'IA ne va sur la jaquette que si elle apporte réellement quelque chose au produit final.

Grimoire passe ce filtre. L'utilisateur déclenche lui-même la capture, et derrière, l'app route ses appels entre OpenAI et Gemini, un fournisseur primaire et un secours. Si je coupais ces appels demain, la promesse centrale de l'app s'effondrerait : plus de capture photo, plus de dictée, plus de structuration. L'IA est la feature. La mettre en avant n'est pas du marketing opportuniste, c'est décrire le produit.

Galactic Rogue ne le passe pas. L'IA a accéléré ma production, relu mon code, audité mes plans. Mais le binaire que le joueur télécharge n'embarque aucun modèle et ne fait aucun appel. Le joueur n'y touche jamais. En parler dans un devlog technique, volontiers : c'est de la matière honnête sur la fabrication. Sur la page du jeu, non. Ce serait vendre l'atelier à la place du jeu.

Le test que j'applique

Pour trancher, une seule question : si je retirais l'IA demain, qui perd quoi ?

Si l'utilisateur perd une fonctionnalité, l'IA est dans le produit et elle a sa place sur la jaquette. Si je suis le seul à perdre quelque chose, du temps de production, du confort d'outillage, alors elle mérite une ligne de déclaration là où c'est demandé, et rien de plus. Grimoire tombe dans le premier cas, Galactic Rogue dans le second, et c'est tout ce qui explique la différence de communication entre les deux.

Si je retire l'IA et que l'utilisateur ne perd rien, elle n'a rien à faire sur la jaquette.

Ni hype ni croisade

Cette position déplaît aux deux camps, et c'est plutôt bon signe.

D'un côté, le badge AI-powered collé sur tout et n'importe quoi, comme si la présence d'un modèle quelque part était une qualité en soi. C'est un mensonge par inflation : on vend un ingrédient de fabrication comme une valeur produit. De l'autre, le déni total pour flatter l'anti-IA ambiant, jusqu'à masquer une case de déclaration ou maquiller un outil en travail manuel. C'est un mensonge par omission, et il est plus fragile encore, parce qu'il suffit d'une question pour qu'il craque.

Les deux postures mentent sur le produit. La mienne est moins spectaculaire : l'IA est un très bon outil quand on sait s'en servir. Pas une baguette magique à brandir, pas une honte à dissimuler. Un outil. On juge le résultat, et on dit comment il a été fait quand il faut le dire.

Ce que je retiens

Trois verbes, trois règles. Utiliser : librement, partout où l'outil rend le travail meilleur ou plus rapide, sans état d'âme. Déclarer : systématiquement quand c'est nécessaire, parce que la transparence sur la fabrication relève de la même hygiène que les licences. Vendre : seulement ce qui est vrai, c'est-à-dire seulement quand l'utilisateur touche l'IA et en dépend.

Un studio n'a pas besoin d'une position sur l'IA en général. Il a besoin d'une règle qui décide, produit par produit, ce qui va sur la jaquette. La mienne tient en une question : qui perd quoi si je la retire ?